24 A 4
2010
5,45 min
vidéo projection
No Access through window
2009
01:20 in loop
video projection
White line on blue
2011
00:45 in loop
Silence is sexy
Laurent Courtens
S’il fallait énoncer ce qui nous a retenu dans l’œuvre d’Evelyne de Behr, ce qui nous a accroché, on parlerait d’abord de brièveté, d’économie. De cette réserve qui ouvre le champ à l’action du regard. Une courte nouvelle plutôt qu’un épais roman. Moins encore. Voici un carnet datant du 5 janvier 2009 (c’est son titre). Au cœur de chaque page, en lettres capitales tracées d’un trait maigre, un mot se recompose : SOT D’HOMME, OR Y FILS, J’OUÏS SENS, JEUX TES ME… Une féminité pensante découd le langage, ouvre les mots pour parler du désir, épeler ses instruments. Avec malice, espièglerie, concision.
Ces qualités, nous les trouvons condensées dans la sélection de dessins qui valut à Evelyne de Behr une mention au prix Médiatine cette année, de même que dans celle qui fera prochainement l’objet d’un accrochage à l’Office d’Art Contemporain (Bruxelles). Aux côtés d’un petit volume en plâtre : le moulage d’une paire de mains jointes abritant un œuf. La féminité encore, cette fois dans ses contingences matricielles et les images qu’elles tendent à projeter : l’abri, l’enclos, l’habitacle, l’enveloppe. La délimitation d’une enclave en somme, son inscription dans l’espace. Délimiter, circonscrire une présence, une forme, un territoire, par l’acte de la ligne, telle est la clef de voûte du travail d’Evelyne de Behr, qu’il s’agisse de ses installations 3D ou de sa production graphique1.
Par détours
Mais restons-en aux dessins. Simplissimes, blancs : un fin sillon, net et précis, trace sans interruption le contour d’une ou deux figures. Au crayon noir. Çà et là, une rouge insistance, ou son inversion dans le bleu. Quelques fois la densité de hachures ou la continuité d’un aplat emplissent une forme. Ailleurs, un motif a préservé l’illusionnisme de son modelé en clair-obscur. Comme pour mieux éclairer l’essentiel : la ligne claire, le pourtour, l’enveloppe. Ce qui fait une forme, ce qui fait une existence, c’est la bordure, le tracé d’une lisière sur le blanc du fond, sur la continuité d’une substance indicible.
Ce que nous sommes : des condensations closes affleurant au monde par le rempart de nos peaux. La limite est la frontière. Elle est aussi la rencontre. Elle est une zone infranchissable, elle est la zone à franchir.
Mais la peau des silhouettes d’Evelyne de Behr - statiques, figées, « fixées » - n’est pas l’écorce, pas la chair vive. C’est la peau comme principe, c’est le mot « peau », l’écriture du mot « peau » désigné par la ligne (désigner, dessiner, la racine latine est la même : designare).
D’où l’accointance rapide entre le dessin et la langue, telle que sur cette page où nous lisons le mot ENTENDRE et où nous le voyons, sur la ligne du dessus, épelé en langage des signes par une chorégraphie de mains. Ailleurs, le mot PERCEVOIR et sa traduction en écriture braille telle qu’elle existe en son état de correspondance avec l’écriture alphabétique, c’est-à-dire sans reliefs, en cercles blancs et noirs, ces derniers remplaçant les points saillants.
Convergence entre différents registres d’expression, assurément, mais encore impasse des langages, impuissance, secret. Que veut dire « entendre » pour un être atteint de surdité ? Que signifie la perception visuelle pour un aveugle ? Le silence, le blanc, le vide, nous parlent aussi d’incommunicabilité. De l’indescriptible, de l’indicible, de l’innommable. De ce qui échappe aux mots, aux gestes, aux images, à la parole.
L’or blanc
Fatale incommunicabilité, nécessaire incommunicabilité, avancée comme un salutaire contretemps aux illusions narcotiques de la « surcommunication ». C’est là qu’Evelyne de Behr fixe ses motifs, c’est là qu’elle pointe sa focale : sur le web, dans la masse d’images « artificielles, virtuelles, indifférenciées, véhiculées en flots sur nos territoires numériques et physiques pour atteindre, par intrusion, nos territoires intérieurs »2. « Usées par la répétition de l’hyper-médiatisation, précise encore l’artiste, ou niées par nos censures internes », les images retenues ont frappé par leur « invisibilité »3.
Elles sont vides, creuses. Pour les emplir, leur espérer un sens, Evelyne de Behr les a arrêtées, incarnées sur la feuille. Et elle les a évidées, détourées. Pour les arracher au vide de la saturation, elle en a fait de vierges réceptacles ouverts au regard et à la pensée. Au jeu des associations également. C’est alors que les formes s’ouvrent, c’est alors que l’enveloppe peut rêver d’être franchie. Quand les figures s’associent, se juxtaposent, s’interpénètrent. Quand il y a pénétration…
Cette voie de détournement à portée intime d’images médiatiques n’est pas sans rappeler les démarches appropriationnistes d’artistes femmes telles Jenny Holzer, Barbara Krüger ou Cindy Sherman, qui refusèrent les travaux pour dames au profit d’une analyse de l’image et du langage. Avec ici cette singulière réserve, cette chaude inexpressivité qui nous parle « avec la glaciale inéloquence de la vérité »4.
Laurent Courtens
in L'Art Même 2e Trimestre 2011
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1 Pour un aperçu global de la production d’Evelyne de Behr voir http://www.evelynedebehr.com/
2 Evelyne de Behr, sur http://www.evelynedebehr.com
3 Ibidem
4 Norge, « Galène », in Plusieurs malentendus, Éditions du Disque Vert, Bruxelles, 1926. Œuvres poétiques. 1923-1973, Seghers, Paris, 1978, pp. 29-30
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Une petite musique intime
Claude Lorent
Première exposition solo pour la jeune dessinatrice Evelyne de Behr à l’Office d’Art contemporain à Bruxelles.
Bien que les activités artistiques soient fortement réduites à Bruxelles durant l’été, il est possible d’y faire des découvertes, ou tout au moins d’y avoir une confirmation en gros plan puisque nous avions déjà remarqué l’œuvre de l’artiste dans l’ensemble du Prix Médiatine. C’est l’Office d’Art contemporain, avec sagacité et sous le commissariat de Jean-Marie Stroobants, qui nous offre en ce moment la première exposition personnelle de la plasticienne belge Evelyne de Behr (1975 - vit et travaille à Bruxelles) qui montrait jusque-là parcimonieusement ses œuvres en des ensembles depuis 2006.
Ce solo de choix est consacré au dessin dans ce qu’il peut avoir de plus vrai, le trait à la mine de plomb, rarement rehaussé de couleurs plutôt atténuées. La ligne est simple, elle trace des silhouettes et décrit très rarement, dans un rapport aux apparences du réel. L’intérêt de ce tracé, à la fois sûr de lui et sensible par la variation des intensités du noir et les légers accidents de son parcours sur le papier, réside dans le non-dit, dans ce qui n’est jamais expliqué et donc laissé en lecture libre à chaque regardeur.
Au centre des préoccupations de l’artiste, pas de doute, l’être humain, le mental, le psychologique, l’esprit, bien davantage que la chair, bien que celle-ci ne soit pas absente, bien qu’elle taraude la pensée et qu’elle nourrisse certainement les émotions, les désirs. Il y a aussi soi et l’autre. Il y a ce qui se passe en soi, ce qui est en soi, ce qui est de l’ordre de l’intime et du ressenti. Il y a l’éveil et la structure du corps, mais jamais dans une considération de pure rationalité, c’est toujours le questionnement qui surgit et le rapport à soi, à l’autre, aux autres, à la femme avec les autres, qui se manifestent sans jamais apporter de réponses claires. Sans doute, parce que ces réponses n’existent pas, parce que ces questions sont celles que chacun se pose depuis que l’être est pensant et qu’il n’y trouve pas satisfaction.
En supplément, et c’est ce qui procure à cette œuvre sa petite musique originale et personnelle, on devine dans la forme poétique qui est celle d’Evelyne de Behr, une part d’intériorité qui tient entre rêves, évasion et interrogations, au plus profond d’un être féminin habité par le romanesque.
Claude Lorent
in Le Libre Culture Août 2011
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Evelyne de Behr : aux détours de l'image
Dominique Legrand
Fragile, secret et pourtant hautement signifiant, le trait d'Evelyne De Behr (Bruxelles, 1975) joue sur les valeurs de limite, de frontière, de scission. Sur la feuille blanche, le crayon découpe un espace. D'où vient-il ? "Le choix des images est issu du web, précise l'artiste dont le travail d'être distingué par une Mention au Prix Médiatine 2011. Images que je choisis, et dont l'Invisibilité me saute aux yeux : véritablement usées par la répétition de l'hyper-médiatisation, ou niées par nos censures internes. Ainsi, à travers le choix de l'acte primaire, voir pauvre de détourer l'image poser la question du Sens. Évider le contenu, isoler d'une part, et, simultanément incarner l'image numérique dans la matière papier, révéler une ultime présence visuelle. S'ouvre alors un espace libre à nos propres associations d'images."
Dans l'espace nu de la galerie, L'Infante des Ménines de Velazquez (principe artistique de la scène incrustée) se découpe, isolée sur une cible. L'Origine du Monde de Courbet, en dessin renversé, s'orne d'un Sphinx à tête de mort, papillon symbole de féminité mais aussi pour cette espèce, présage de mort... Au-delà de référents artistiques solidement maîtrisés, l'art d'Evelyne De Behr, en ce trait impérieux où elle inclut un autre dessin ou un coloriage très subtil, ouvre les portes de la présence visuelle. Par associations, mutations d'images ou de concepts, un bouillonnement narratif surgit du minimalisme. Ces fins sillons qui lacèrent le mutisme de l'espace blanc révèlent la magie du contretemps, un territoire infiniment prometteur.
Dominique Legrand
in Le MAD Août 2011
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Dessin
Evelyne de Behr
Que ce soit dans le travail de découpe de tableaux, d’installations minimales ou de dessins sur papier, la recherche se situe au niveau de l’Identité/Territoire.
Il s’agit de limite, de frontière, de passage.
L’aspect de la pratique, fondamentalement fragile, concret, brut dans sa physicalité pose la question de la Valeur.
La valeur et le sens de l’Image, de la Pratique Artistique et de l‘ “Agir”.
Succinctement, le choix de la pratique de la ligne sur le papier n’est pas anodin. Ce procédé minimal et concret, s’inscrivant dans un contre-temps spécifique, se situe aux antipodes du flux des images dans lequel nous sommes baignés: images artificielles, virtuelles, indifférenciées, véhiculées en flots sur nos territoires numériques et physiques pour atteindre, par intrusion, nos territoires intérieurs.
Et précisément le choix des images est issus du web. Images que je choisis, et dont l’Invisibilité me saute aux yeux : véritablement usées par la répétition de l’hyper-médiatisation, ou niées par nos censures internes .
Ainsi, à travers le choix de l’acte primaire, voir pauvre de détourer l’ image poser la question du Sens.
Evider le contenu, isoler d'une part, et, simultanément incarner l'image numérique dans la matière papier, révéler une ultime présence visuelle.S’ouvre alors un espace libre à nos propres associations d’images.
Les dessins se déplient sous forme de polyptyque. Un premier groupement pouvant être lui-même la première pièce d'un polyptyque plus vaste et ce, de manière exponentielle. Ainsi ouvrir ces images vers une expansion physique dans l'espace.
- janvier 2011-
Drawing
Evelyne de Behr
Whether it involves cutting up pictures, minimalist installations or drawings on paper, this work carries out research into Identity/Territory.
In my drawings, I focus more specifically on what defines a form, an existence.
My choice to trace lines on paper is a minimal and concrete process, which takes place in a specific slower time, located at the opposite extreme of the flow of the images in which we are immersed. These are artificial, virtual, undifferentiated images which we receive in a constant rapid influx in our digital and physical territories, and which reach our inner territories by imposing themselves upon us.
And it is precisely the Internet where these images come from.
Images which I chose, and whose Invisibility is strikingly evident to me: genuinely worn out by the repetition of excessive media coverage or denied by our internal censors.
Hollowing out the content, isolating it on the one hand and simultaneously embodying the digital image on paper, in order to reveal an ultimate visual presence.
Opening these receptacles to the free play of associations and interweaving elements and trying to give them a meaning that is Other.
-January 2011-
Tekening
Evelyne de Behr
Of het nu gaat om het versnijden van tableaus, vluchtige minimale installaties of tekeningen op papier, de zoektocht voltrekt zich altijd op het niveau van Identiteit/Territorium. Het gaat om grenzen, limieten, passages.
De praktijk, fundamenteel kwetsbaar, concreet, ruw in al zijn fysieke vormen, stelt de vraag van de Waarde. De Waarde en Zin van het beeld, van de “Daad”.
De keuze van de lijn op het papier is niet vrijblijvend.Dit minimale en concrete procédé, dat in een specifieke contretemps kadert, staat lijnrecht tegenover de beeldenstroom waarin we worden ondergedompeld: kunstmatige, virtuele, onverschillige beelden die zich op onze digitale en fysieke bastionnen storten om zo, ongevraagd, onze binnenste regionen te bereiken.
En het is precies de keuze aan beelden die uit het web ontstaan is. Beelden die ik kies en waarvan de onzichtbaarheid me zo opvalt: letterlijk versleten door het overdadig gebruik in de hypermediatisering, of ontkend door onze interne censuur.
Zo wordt doorheen de keuze van de primaire, zelfs arme daad van uitdekking, stelt men de vraag van de Zin.
De inhhoud lozen, het digitale beeld aan de ene kant isoleren en tegelijkertijd vorm geven in de materie papier. Een ultieme visuele aanwezigheid onthullen.
En dan opent zich een vrije ruimte voor onze beeldassociaties.
De tekeningen ontvouwen zich als polyptieken. Een eerste groep kan dan weer het eerste stuk zijn van een nog weidsere polyptiek en dit op exponentiële wijze. Zo opent men deze beelden naar een fysieke uitbreiding in de ruimte.
-januari 2011-
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Lisières, Frontières
Evelyne de Behr
Les réalisations proposées sont composées d’éléments tridimensionnels et linéaires issus du découpage de tableaux - ici, en l'occurrence de peintures sur bois.
La démarche est de l’ordre du détournement - sans détours- de la peinture et de son rapport au support.
Passer, de la planimétrie, de la contemplation, au volume, à l’extension dans l’espace.
De ces lames de bois au caractère fragile, brut, apparemment amoindrit de leur poids visuel, de cette symbolique du tableau devenu ligne, dessiner, découper l’espace, pointer.
Sortir littéralement du cadre, et passer d’une dimension à une autre, d’un format à un autre, du plan du tableau au plan de l’architecture.
Le principe du travail réside dans la justesse de son installation et prend sa taille en fonction des dimensions et de la spécificité de l’espace d’intervention.
Les “lames à dessiner” ne disposent d’autres points d’accroche que ce que leur propre matérialité leur offre.
-Janvier 2010-
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Mutation
Evelyne de Behr
La recherche dans sa radicale simplicité et son économie de moyen, est sous-tendue par deux axes.
Le premier touchant à l’espace symbolique se situant dans un “entre”.
Dans cette contrée où “le dissemblable “ et “l’analogue” se rejoignent en une infinité de points,
Cet axe passerelle, cet endroit pivot, où le basculement de l’Identité devient possible.
Amener un médium jusqu’à la limite de sa mutation.
Sortir du cadre, défaire, refaire autrement, trouver un langage spécifique.
Entre peinture, dessin, sculpture, trouver l’espace de l’architecture.
La projection de vidéos déployant le temps de l’installation en temps réel, filmée dans le lieu même, pointe la temporalité de l’élaboration.
-Février 2010-
EVELYNE DE BEHR
B. 1975 - Belgium. Lives and works in Brussels, Belgium
Exhibitions
2012
En ligne on line, viewingprogram.org, The Drawing Center's Viewing Program, New-York
Evelyne de Behr
0032 (0) 479/658.483
evelyne.debehr@gmail.com
Atelier :
RTT
Rue de Molenbeek 194
1020 Bruxelles